À trois mois de la sortie de Grand Theft Auto VI, Rockstar revit ce qu’il déteste le plus : une fuite massive à quelques jours d’une grosse annonce. Depuis le 18 août, des vidéos et des images signées CyberLeek circulent en ligne et prétendent provenir d’une version jouable de GTA 6.

Cette fois, ce n’est pas la capture floue filmée depuis l’autre bout d’une pièce, tradition ancestrale du leak de jeu vidéo. Les séquences montrent du gameplay, des éléments d’interface et des mécaniques jamais présentées officiellement. Plusieurs copies ont été retirées dans la foulée après des réclamations de droits d’auteur.

Entre ce que les images montrent, ce que les internautes en déduisent et ce que CyberLeek raconte sur lui-même, il y a trois histoires différentes. Cet article les sépare, au 20 août 2026, sans reproduire ni relayer les fichiers concernés.

Ce que contient le leak CyberLeek

Au moins quatre séquences présentées comme du gameplay de GTA 6 ont circulé en 48 heures, selon le décompte de Kotaku. Toutes portent un marquage CyberLeek, et plusieurs avaient déjà disparu des plateformes qui les hébergeaient au moment où la presse les décrivait, copyright oblige.

La première vidéo suit Jason Duval, l’un des deux protagonistes, dans une propriété au bord de l’eau. Il ramasse un ballon de basket, enchaîne les tirs, et chaque panier fait grimper de 2 % une statistique baptisée « Focus ». Deux montants d’argent distincts s’affichent aussi à l’écran, sans que leur fonction soit claire.

Une deuxième séquence montre Jason au volant, une collision avec un véhicule de livraison, puis une bagarre avec le conducteur. On y aperçoit un niveau de recherche à six étoiles. C’est un retour : GTA 5 plafonnait à cinq, il fallait remonter aux épisodes plus anciens pour en voir six. Une troisième vidéo enchaîne conduite de nuit, taser, bagarre, vol d’un camion, puis un extrait qui ressemble à une cinématique.

Tout cela ressemble fortement à des systèmes de jeu fonctionnels. Mais une version de développement ne dit rien de l’état final : une mécanique visible aujourd’hui peut être modifiée ou coupée avant la sortie.

Un système de moralité dans GTA 6 ?

C’est l’hypothèse la plus commentée. Pendant une des scènes violentes, une petite icône représentant un diable apparaît à l’écran. PC Gamer y voit la trace possible d’un système de karma ou de moralité, dans l’esprit du système d’honneur de Red Dead Redemption 2.

Rockstar n’a rien confirmé. La vidéo montre une icône qui réagit à certaines actions, point. Son fonctionnement exact, son influence sur le monde, sa présence dans la version finale : inconnus. Présenter dès maintenant GTA 6 comme doté d’un « système d’honneur » va plus loin que ce que les images permettent d’établir.

Même prudence pour la jauge Focus du basketball : elle existe dans la séquence, sa fonction n’est expliquée nulle part.

La carte de Leonida, vraiment ?

CyberLeek a aussi publié des images présentées comme la carte complète de Leonida, l’État fictif dans lequel se déroule GTA 6. On y voit un réseau routier et différents points d’intérêt, mais dans une présentation nettement plus sommaire que ce qu’on attend d’une carte destinée aux joueurs. Il pourrait s’agir d’une représentation interne ou préliminaire plutôt que de l’apparence définitive dans le jeu.

Aucune confirmation de Rockstar là non plus. Le terme juste est donc « carte supposée de Leonida », pas carte authentifiée.

Authentiques, ces leaks ?

C’est ici que la situation devient intéressante. Plusieurs publications contenant les vidéos ont reçu des demandes de retrait liées au copyright, rapportent Kotaku, PC Gamer et GamesRadar+. Or Take-Two ne fait pas retirer des vidéos de fans : c’est un indice sérieux que les fichiers contiennent du matériel protégé appartenant à Rockstar ou à sa maison mère.

Mais un retrait pour copyright ne valide pas toute l’histoire racontée autour des fichiers. Rockstar n’a pas confirmé publiquement que CyberLeek a piraté ses systèmes, ni expliqué comment ces fichiers auraient été obtenus. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que CyberLeek possède l’accès qu’il prétend avoir.

La distinction compte : des images authentiques n’authentifient pas l’identité, les capacités ou les affirmations de la personne qui les publie.

Un manifeste en prime

L’élément le plus étrange de l’affaire est la communication qui accompagne les fichiers. CyberLeek tient un site avec un manifeste baptisé « CYBERLEEK Edict ». Il y réclame trois choses : la fin des précommandes numériques, l’arrêt de la vente séparée de contenus solo déjà présents dans les fichiers du jeu, et un mode hors ligne garanti quand un service en ligne ferme. Le tout assorti d’une menace de continuer à viser des éditeurs tant que leurs pratiques ne changent pas.

Dans les vidéos, un message donne le ton : « NO PHYSICAL DISCS? THEN MORE LEEKS! ». La cible est claire. La version physique de GTA 6 vendue en boîte contient un code de téléchargement et non un disque, et ça, Rockstar le confirme dans sa documentation officielle.

Et il y a un memecoin

Parce qu’évidemment il y a un memecoin. CyberLeek profite de l’attention générée par les leaks pour promouvoir un token à son nom, créé mi-août sur Solana. Son site annonce une offre totale d’un milliard de tokens et affirme financer avec les fonds une infrastructure destinée à ses activités.

GamesRadar+ résume bien le malaise : un discours de défense des consommateurs qui se termine par une adresse de contrat crypto, ça sent le scam. Aucun élément indépendant ne permet de vérifier l’usage réel des fonds, et un manifeste militant n’est pas un audit financier.

Autrement dit : le fait que certaines vidéos paraissent authentiques ne rend pas fiables les produits financiers promus autour d’elles. Si tu hésitais à acheter ce token, voilà, n’hésite plus.

Pourquoi ces leaks arrivent maintenant

Le timing est le pire possible pour Rockstar. Le studio diffuse Grand Theft Auto VI: An Extended Look le 27 août 2026, d’abord sur Netflix à 15 h, heure de l’Est, puis sur sa chaîne YouTube et le site de GTA VI à 21 h. Les fichiers CyberLeek sont apparus quelques jours avant cette présentation. Le lancement du jeu reste fixé au 19 novembre 2026 sur PlayStation 5 et Xbox Series X|S, comme détaillé dans notre article sur la date de sortie de GTA 6.

Ce n’est pas une première. En septembre 2022, plus de 90 vidéos d’une version en développement de GTA 6 avaient été diffusées après une intrusion informatique que Rockstar avait reconnue. En décembre 2023, la première bande-annonce avait fuité quelques heures avant sa diffusion prévue, poussant Rockstar à la publier en avance.

Aucune preuve publique ne relie pour autant CyberLeek aux auteurs des leaks de 2022 ou 2023. Réflexe naturel, conclusion prématurée.

Ce qui est établi au 20 août

La partie solide : des vidéos marquées CyberLeek circulent, montrent apparemment une version de GTA 6 avec Jason, du basketball, des éléments de HUD, des activités criminelles et un niveau de recherche à six étoiles, et plusieurs ont été retirées pour copyright.

La partie crédible mais non confirmée : les images de carte pourraient provenir d’outils ou d’une version de développement, et des systèmes comme la jauge Focus semblent exister dans les séquences sans que leur rôle définitif soit connu.

La partie non vérifiée : l’origine exacte des fichiers, la manière dont CyberLeek les aurait obtenus, l’étendue de son éventuel accès à Rockstar et sa capacité à publier autre chose.

Et la partie qui mérite une méfiance active : tout ce qui touche au token.

Rendez-vous le 27 août

La conséquence la plus intéressante de ces fuites sera la comparaison avec ce que Rockstar montrera officiellement le 27 août. Si les interfaces, les animations ou les mécaniques visibles dans les vidéos CyberLeek apparaissent aussi dans la présentation officielle, leur authenticité sera corroborée bien plus précisément.

D’ici là, garde séparées trois choses que les réseaux sociaux fusionnent avec l’enthousiasme d’un mixeur : ce que montrent réellement les vidéos, ce que les internautes en déduisent, et ce que CyberLeek affirme à propos de lui-même. La première catégorie est difficile à ignorer. Les deux autres attendent encore leurs preuves.